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Silence dangereux

2011 juin 21
by admin

 

 

 

 

 

 

 

Article de Dr. James E. Hansen publié sur ClimateStoryTellers et traduit par Leloup Translations

Je dénonce le projet de construction d’un pipeline de sables bitumineux entre le Canada et les USA

Le Département d’État des États-Unis semble être sur le point d’adopter, sauf en cas d’objections suffisantes, la construction d’un énorme pipeline, connu sous le nom de Keystone XL, qui transporterait des sables bitumineux (environ 830 000 barils par jour) jusqu’aux raffineries texanes. La communauté scientifique doit à présent se mobiliser et monter au créneau. Si ce projet gagne l’approbation, il sera extrêmement difficile de contrôler ce monstre de sables bitumineux. Les impacts de l’exploitation des sables bitumineux sur l’environnement comprennent : des effets irréversibles sur la biodiversité, des réductions de la qualité de l’eau, une destruction de la forêt boréale fragile et encore intacte et de ses marécages, une mauvaise gestion aquatique, une fragmentation et une perte de l’habitat naturel,  un bouleversement des cycles de vie de la faune locale, en particulier des migrations d’oiseaux et de caribous, des malformations des poissons et des effets néfastes sur la santé des communautés qui y vivent. Bien qu’il existe de nombreuses objections à l’exploitation des sables bitumineux et au pipeline, telles que la destruction de l’environnement canadien, la possibilité de fuites le long du pipeline, seules, ces objections n’arrêteront probablement pas le projet.

L’objection principale est que l’exploitation des sables bitumineux rendrait improbable la stabilisation du climat et entraînerait des impacts désastreux sur celui-ci. On estime que les sables bitumineux contiennent (consultez par exemple : IPCC Fourth Assessment Report) au moins 400 GtC (soit 200 ppm CO2). Les réserves de pétrole et de gaz dont nous disposons actuellement suffisent amplement à faire monter le CO2 contenu dans l’atmosphère au-dessus de la barre des 400 ppm, à partir de laquelle la vie terrestre est en danger. Cependant, si les émissions issues du charbon sont progressivement supprimées au court des prochaines décennies et si les combustibles fossiles non traditionnels, tels que les sables bitumineux, ne sont pas exploités, une stabilisation du climat reste envisageable.

Supprimer progressivement les émissions issues du charbon constitue en soi un défi énorme. Cependant, si on y ajoute les sables bitumineux, la partie est perdue d’avance. Il n’existe aucun moyen de retraiter le CO2 produit par la combustion du pétrole, laquelle est majoritairement issue des véhicules.

Les gouvernements agissent comme s’ils n’étaient pas conscients du fait qu’il y existea une limite au carbone issu des combustibles fossiles que l’on peut rejeter dans l’air. Ce carbone que l’on a introduit dans l’atmosphère va stagner dans les réservoirs de surface pendant des millénaires. Il nous est possible d’extraire une fraction de ces excès de CO2 grâce à des pratiques agricoles et forestières améliorées, mais il sera impossible de revenir à un niveau de CO2 sans danger pour la vie terrestre si tout le charbon dont on dispose est brûlé sans stockage du carbone produit ou si les combustibles fossiles non-traditionnels, tels que les sables bitumineux, sont exploités.

Un document de description du projet de pipeline est consultable ici. Vous pouvez soumettre des commentaires ici, ou par email à keystonexl@cardno.com.

Je soumets en ce moment un commentaire expliquant pourquoi l’analyse des risques du projet comporte des failles et est insuffisante, notamment au vu des informations dont nous disposons aujourd’hui sur le changement climatique provoqué par l’homme. Je fais remarquer que les anciens objectifs du gouvernement pour réduire le réchauffement climatique provoqué par l’homme sont aujourd’hui reconnus inadéquats. En particulier, l’objectif de limiter le réchauffement climatique à 2°, plutôt que d’en faire un seuil de sécurité, nous conduit tout droit vers de futurs désastres climatiques mondiaux. Je joindrai à ce commentaire les travaux suivants que j’ai récemment cosignés :

Paleoclimate Implications for Human–Made Climate Change disponible ici,

Earth’s Energy Imbalance and Implications disponible ici,

The Case for Young People and Nature: A Path to a Healthy, Natural, Prosperous Future disponible ici.

 

J’ajouterai également au commentaire que ce projet n’est pas en faveur de l’intérêt national américain, puisqu’il engendrera de nombreux effets négatifs sur la population et l’environnement, et contribuera de manière considérable au changement climatique. Ces impacts doivent être mesurés avant que le projet ne soit mené plus en avant.

Il me semble qu’un grand nombre de critiques pourrait avoir un effet et permettre d’effectuer une analyse plus précise des risques, et ainsi peut-être éviter ce projet en forme de catastrophe.

 

Dr. James E. Hansen est directeur du Goddard Institute for Space Studies de la NASA à New York et professeur adjoint au Département de la Terre et des sciences de l’environnement de l’Université Columbia. Hansen est célèbre pour ses recherches dans le domaine de la climatologie. Sa déclaration devant le Sénat américain en 1988 fit la une du New York Times et favorisa une prise de conscience plus large du changement climatique. Les travaux de Hansen ont inspiré de nombreux scientifiques et activistes dans leur recherche de solutions contre le changement climatique. Au cours des dernières années, Hansen s’est engagé pour la réduction des effets du changement climatique, cette action a conduit à plusieurs reprises à son arrestation. Son livre Storms of My Grandchildren: The Truth About the Coming Climate Catastrophe and Our Last Chance to Save Humanity a été publié en 2009.

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